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Et si on parlait... Ostéopathie?!

By Masson Céline - Ostéopathe T.E.C. Académie.


Un rendez-vous chez l’ostéopathe évoque pour beaucoup de personnes des manipulations, dont certaines se solderont par le fameux craquement. Celui- ci est à l’origine de réactions diverses, allant de l’aversion pour ceux qui le redoutent, à la réjouissance pour ceux qui l’attendent comme le signe évident d’une libération, et qui peuvent même se sentir frustrés lorsqu’il ne survient pas.



Mais quelle est l’origine de ce bruit, est-il le garant de la réussite de la manipulation ?

Pour tenter de répondre le plus exhaustivement possible à ces questions, je me suis basée en partie sur ma propre expérience, mais je vais surtout enrichir ce propos, par des publications scientifiques de mes confrères.


En préambule, je voudrais préciser que l’ostéopathe, contrairement à ce que son nom pourrait indiquer, ne s’occupe pas uniquement des articulations. Nous travaillons aussi sur les chaînes musculaires, sur les fascias, sur le système digestif et le petit bassin, sur le crâne, et j’en oublie certainement.


Les manipulations articulaires susceptibles de provoquer ce mystérieux craquement sont appelées manipulations structurelles. Expliquer en quoi consiste une manipulation structurelle nécessiterait bien plus que quelques lignes et aurait vite fait de lasser les lecteurs n’ayant pas de connaissances médicales, il me paraît donc plus judicieux de préciser ce quelles ne sont pas.


« Les manipulations structurelles ne sont pas une mobilisation plus ou moins forcée au-delà des limites physiologiques d’une position habituelle d’une articulation. » Jean-François Terramorsi


Nous pouvons dès à présent tordre le coup une fois pour toutes à une idée reçue, bien ancrée dans l’imaginaire collectif, probablement véhiculée de tout temps par les rebouteux et guérisseurs qui cherchaient à interpréter l’efficacité de leur action. Donc même persuadée que la plupart d’entre vous le savent déjà, je vous confirme: un ostéopathe ne remet pas les os en place! Et le craquement n’est pas d’origine osseuse. J’espère que cette mise au point préliminaire aura déjà eu pour effet de changer votre vision des manipulations et peut-être de rassurer les réticents.

Une des hypothèses modernes pour expliquer le craquement articulaire vient de la physique, il s’agit du phénomène de cavitation. Il se produirait au sein de la capsule articulaire, remplie du liquide synovial.



La cavitation se définit comme suit : formation d’une bulle de gaz ou de vapeur dans un liquide soumis à une dépression. Dans le cas de l’articulation, c’est l’écartement des surfaces articulaires qui créerait cette dépression.



Les conclusions des premières études furent que le bruit de craquement était dû à l’éclatement de la cavité gazeuse en plusieurs micro bulles comme le montre le schéma ci-dessus. Mais une étude plus récente réalisée à l’Université d’Alberta au Canada semble montrer que c’est au contraire la création de la cavité gazeuse qui serait responsable du phénomène sonore.

Le bruit obtenu lors du phénomène de cavitation s’associe donc à une libération d’énergie et à un gain de mobilité temporaire.

La cavitation aurait également des effets bénéfiques. Elle jouerait le rôle d’une soupape de décompression pour l’articulation en absorbant une partie des contraintes en traction de l’articulation et abaissant la tension durant le craquement. » Pierre Pena


Selon moi, cette modélisation est intéressante mais non satisfaisante, car elle ne prend en compte que les manipulations en traction. L’expérience semble s’être basée uniquement sur l’étude des craquements des doigts. Or la plupart de nos manipulations ne se font pas en exerçant une traction, mais plutôt par rapprochement et glissement des surfaces articulaires l’une contre l’autre.


À mon sens la biochimie apporte une réponse et un modèle plus complet, en localisant le phénomène dans le tissu conjonctif. Celui-ci a été très médiatisé ces dernières années sous l’appellation de fascias. Il est présent et unifié dans tout le corps, constituant un efficace système de soutien de toutes les structures : nerfs, vaisseaux sanguins, organes digestifs, muscles.

« Nous avons donc formulé une autre hypothèse qui permet d’expliquer l’ensemble des modifications positives ou négatives qui accompagnent ces craquements : gain de mobilité, diminution (ou plus rarement augmentation de la douleur ressentie par le patient, etc...
) Il s’agirait de liaisons physicochimiques faibles entre les éléments concernés par le mouvement : synoviales, surfaces cartilagineuses, capsules, ligaments, fascia, muscles, etc... Ces liaisons deviennent de plus en plus fortes et étendues avec le temps.

Elles limitent les mouvements de ce fait certaines amplitudes articulaires ne sont plus utilisées. Le cartilage qui est nourri par imbibition de la synoviale, est alors mal irrigué dans les zones qui ne sont plus utilisées pour le mouvement. Le liquide synovial ne peut circuler dans les zones où se développent les liaisons chimiques faibles qui emprisonnent de petites quantités de liquide synovial qui ne se renouvelle pas.


Les ligaments et les fascias s’adaptent aux nouvelles amplitudes et se rétractent progressivement. Cette rétraction est également due à des liaisons électrochimiques qui sont initialement faibles et qui avec le temps se renforcent. Les nerfs et les vaisseaux sanguins eux-mêmes ne sont pas fixes mais glissent et bougent par rapport à leur environnement. Toute diminution chronique des amplitudes de leurs mouvements entraine une fibrose et une rétraction de ces tissus nobles. Cette diminution de ces mouvements commence dans sa phase initiale par un renforcement progressif des ponts électrochimiques entre ces éléments (ou leur gaine protectrice) et leur environnement.

Cette pathologie de l’immobilisme qui touche le cartilage et des éléments péri articulaire (ligaments, tendons, muscles, nerfs...) s’étend peu à peu, se renforce et finit par entrainer une gêne ou une douleur.

Les craquements lors des mouvements extrêmes correspondent à une rupture totale ou partielle de ces liaisons électrochimiques permettant d’augmenter les amplitudes articulaires et donc d’améliorer la nutrition du cartilage ou/et de retrouver les glissements entre les fascias, les ligaments, etc... Le patient se sent alors libéré comme si on avait remis en place quelque chose de déplacé. » Roland SULTANA Gilbert HEURLEY


Cette deuxième hypothèse est selon moi bien plus intéressante, car comme je l’ai déjà mentionné elle est applicable à tous les types de manipulations et non seulement celles qui se font en traction. Elle est compatible avec une réalité : c’est dans le tissu conjonctif que ce localise l’effet de la manipulation. Elle peut à mon sens, et cela sera je le souhaite le sujet d’études ultérieures, justifier les différentes intensités ou les différents types de bruits observés durant les manipulations. Un tissu conjonctif fibrosé depuis plusieurs années ne réagit forcément pas de la même manière qu’une adaptation sur un incident récent.

Il me paraît également judicieux de préciser que le bruit ou craquement n’est en aucun cas le signe de la réussite d’une manipulation ou d’un traitement ostéopathique. Les qualités d’élasticité et de plasticité du tissu conjonctif varient d’un individu à l’autre, notre critère se basera donc sur la disparition des symptômes et le gain de mobilité.


Je conclurai mon propos par un souhait, celui d’avoir suscité votre intérêt et de vous avoir fait connaître l’ostéopathie avec un regard neuf. En démystifiant de cette manière le craquement lors des manipulations, j’espère avoir pu, d’une part, rassurer ceux qui le redoutent tant, mais également le replacer dans un contexte global, en rappelant qu’il n’est pas le signe obligatoire d’une manipulation ou d’un traitement


Céline Masson - Ostéopathe diplômé.

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